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« La Gradiva » et « Moulin » sont à l’affiche dans les salles de cinéma.
Publié le 29 octobre, 2026

« La Gradiva »

« La gradiva », premier long métrage de la cheffe opératrice Marine Atlan (à qui on doit les images de « L’Engloutie » en 2025 et du « Ravissement » en 2023) est sans doute le plus beau film de l’année : tout y est riche, subtil, émouvant, intelligent
et formellement si maîtrisé.

Elle raconte le voyage scolaire d’une classe de terminale française à Naples et à Pompéi.
Ce qui devait être une sortie pédagogique autour de ruines antiques séculaires devient peu à peu une expérience initiatique où le désir, la colère, l’amitié et les blessures intimes se libèrent progressivement dans un tourbillon d’émotion et de culture.

D’un groupe d’une vingtaine de grands adolescents, on pourrait peut-être extraire Tony, un jeune homme rêveur et tourmenté ; James, son pote séduisant et séducteur et Suzanne, une première de classe plutôt renfermée. Mais tous les autres existent
en tant que tels d’une manière ou d’une autre. Autour d’eux, et parfois parmi eux, il y a Madame Mercier, la professeure qui tente de leur transmettre l’amour des textes, de l’histoire et des vestiges. Face à l’éternité artistique de l’Antiquité, les adolescents
vivent au présent leurs premières expériences amoureuses et se questionnent sur leur identité et leur avenir.

Marine Atlan écoute cette jeunesse qui tente de s’exprimer et de se sentir dans un monde perçu comme instable, violent et incertain. Pour ce faire, elle place sa caméra au cœur du groupe dont elle saisit les palpitations du cœur et les mouvements de l’âme. Cette magie formelle fait exister avec une intense crédibilité
cette classe d’étudiants loin de tous repères conventionnels.

Ce qui fascine peut-être avant tout dans le film, c’est le contrepoint structurel entre les témoignages artistiques de l’Antiquité et les expériences de vie des jeunes au quotidien. Ainsi, entre autre, cette scène extraordinaire où les uns et les autres
suivent les commentaires passionnés de Madame Mercier face à la célèbre fresque des mystères dionysiaques de Pompéi.

« La gradiva » mêle plusieurs formes de cinéma : la chronique adolescente, le road movie estival, le film d’apprentissage, le récit romanesque et poétique.

Le film évolue du naturalisme au mélodrame où s’intègre un passage parfois douloureux de l’adolescence insouciante à un âge d’adulte incertain. La mise en scène valorise les décors antiques auxquels s’intègrent les mouvements des jeunes.

Naples et Pompéi constituent un décor historique qui crée une résonnance entre la vitalité juvénile et les ruines antiques.
« La Gradiva » est un film puissant, sensuel et profondément humain qui révèle assurément une grande cinéaste.

A noter que le titre « La Gradiva » se réfère à une formulation latine qui signifie « celle qui marche » et qui est devenue pour Freud une image du désir et du refoulement.

« Moulin »

Après avoir montré l’horreur des camps de concentration dans l’incroyable film « Le fils de Saul » primé en 2015 à Cannes et dans tous les festivals du monde, le réalisateur hongrois Laszlo Nemes s’attache à la personnalité légendaire de Jean Moulin chef de la résistance française pendant la 2 ème guerre mondiale.

En juin 1943, Jean Moulin envoyé par le Général de Gaulle pour unifier les mouvements de la résistance rentre à Paris en provenance de Londres, puis se rend à Lyon sous la fausse identité de décorateur d’intérieur où il retrouve des alliés et commence à organiser avec méthode la coordination des différents mouvements de résistance.

Arrêté lors d’une réunion secrète par la Gestapo, il est emprisonné et livré à Klaus Barbie, le chef de la Gestapo, sinistrement désigné comme le « boucher de Lyon ».

Le film n’est pas un biopic de la vie de Moulin puisque le récit se concentre sur la période de ses derniers jours de liberté à Lyon puis de son incarcération à Montluc.

Dans la première partie, le film s’apparente à un thriller d’espionnage qui décrit Moulin dans la gestion de son réseau de résistance jusqu’à son arrestation puis sa période de captivité. C’est alors le récit intense et infernal de la détention de Moulin,
interrogé et soumis à la torture.

Le cœur dramatique du récit consiste en un duel entre un homme qui refuse de parler et un système qui veut le briser par le biais d’un terrible face à face entre Jean Moulin et Klaus Barbie. Barbie n’est pas présenté d’emblée comme un monstre hurlant et déchaîné : il peut paraître courtois, contrôlé, presque raffiné, ce qui rend sa cruauté plus glaçante. Comme dans le « Fils de Saul », Laszlo Nemes privilégie la proximité, le cadre étroit et la suggestion plutôt que la démonstration spectaculaire.
La torture est souvent vécue hors champ ce qui rend le propos plus insupportable que si elle était montrée frontalement. Ainsi, les visages, les corps et les ombres construisent une terreur psychologique continue : la barbarie nazie est vécue comme
une oppression morale au-delà d’un simple spectacle de l’horreur.

Gilles Lellouche incarne cet homme exceptionnel sans jamais vouloir être à sa hauteur, avec beaucoup de sobriété et une grande humilité, il établit la fragilité d’un homme seul face à son destin et fait de Moulin ce héros vulnérable et humain.
Face à lui, le grand acteur allemand Lars Eidinger interprète avec une puissance assez impressionnante le redoutable tortionnaire Kaus Barbie.

« Moulin » est un film puissant, rigoureux et éprouvant, plus que jamais nécessaire non seulement comme œuvre de mémoire mais aussi comme éclairage fondamental sur la dignité humaine.

André CEUTERICK

« La Gradiva » et « Moulin » sont à l’affiche dans les salles de cinéma.
Publié le 29 octobre, 2026

« La Gradiva »

« La gradiva », premier long métrage de la cheffe opératrice Marine Atlan (à qui on doit les images de « L’Engloutie » en 2025 et du « Ravissement » en 2023) est sans doute le plus beau film de l’année : tout y est riche, subtil, émouvant, intelligent
et formellement si maîtrisé.

Elle raconte le voyage scolaire d’une classe de terminale française à Naples et à Pompéi.
Ce qui devait être une sortie pédagogique autour de ruines antiques séculaires devient peu à peu une expérience initiatique où le désir, la colère, l’amitié et les blessures intimes se libèrent progressivement dans un tourbillon d’émotion et de culture.

D’un groupe d’une vingtaine de grands adolescents, on pourrait peut-être extraire Tony, un jeune homme rêveur et tourmenté ; James, son pote séduisant et séducteur et Suzanne, une première de classe plutôt renfermée. Mais tous les autres existent
en tant que tels d’une manière ou d’une autre. Autour d’eux, et parfois parmi eux, il y a Madame Mercier, la professeure qui tente de leur transmettre l’amour des textes, de l’histoire et des vestiges. Face à l’éternité artistique de l’Antiquité, les adolescents
vivent au présent leurs premières expériences amoureuses et se questionnent sur leur identité et leur avenir.

Marine Atlan écoute cette jeunesse qui tente de s’exprimer et de se sentir dans un monde perçu comme instable, violent et incertain. Pour ce faire, elle place sa caméra au cœur du groupe dont elle saisit les palpitations du cœur et les mouvements de l’âme. Cette magie formelle fait exister avec une intense crédibilité
cette classe d’étudiants loin de tous repères conventionnels.

Ce qui fascine peut-être avant tout dans le film, c’est le contrepoint structurel entre les témoignages artistiques de l’Antiquité et les expériences de vie des jeunes au quotidien. Ainsi, entre autre, cette scène extraordinaire où les uns et les autres
suivent les commentaires passionnés de Madame Mercier face à la célèbre fresque des mystères dionysiaques de Pompéi.

« La gradiva » mêle plusieurs formes de cinéma : la chronique adolescente, le road movie estival, le film d’apprentissage, le récit romanesque et poétique.

Le film évolue du naturalisme au mélodrame où s’intègre un passage parfois douloureux de l’adolescence insouciante à un âge d’adulte incertain. La mise en scène valorise les décors antiques auxquels s’intègrent les mouvements des jeunes.

Naples et Pompéi constituent un décor historique qui crée une résonnance entre la vitalité juvénile et les ruines antiques.
« La Gradiva » est un film puissant, sensuel et profondément humain qui révèle assurément une grande cinéaste.

A noter que le titre « La Gradiva » se réfère à une formulation latine qui signifie « celle qui marche » et qui est devenue pour Freud une image du désir et du refoulement.

« Moulin »

Après avoir montré l’horreur des camps de concentration dans l’incroyable film « Le fils de Saul » primé en 2015 à Cannes et dans tous les festivals du monde, le réalisateur hongrois Laszlo Nemes s’attache à la personnalité légendaire de Jean Moulin chef de la résistance française pendant la 2 ème guerre mondiale.

En juin 1943, Jean Moulin envoyé par le Général de Gaulle pour unifier les mouvements de la résistance rentre à Paris en provenance de Londres, puis se rend à Lyon sous la fausse identité de décorateur d’intérieur où il retrouve des alliés et commence à organiser avec méthode la coordination des différents mouvements de résistance.

Arrêté lors d’une réunion secrète par la Gestapo, il est emprisonné et livré à Klaus Barbie, le chef de la Gestapo, sinistrement désigné comme le « boucher de Lyon ».

Le film n’est pas un biopic de la vie de Moulin puisque le récit se concentre sur la période de ses derniers jours de liberté à Lyon puis de son incarcération à Montluc.

Dans la première partie, le film s’apparente à un thriller d’espionnage qui décrit Moulin dans la gestion de son réseau de résistance jusqu’à son arrestation puis sa période de captivité. C’est alors le récit intense et infernal de la détention de Moulin,
interrogé et soumis à la torture.

Le cœur dramatique du récit consiste en un duel entre un homme qui refuse de parler et un système qui veut le briser par le biais d’un terrible face à face entre Jean Moulin et Klaus Barbie. Barbie n’est pas présenté d’emblée comme un monstre hurlant et déchaîné : il peut paraître courtois, contrôlé, presque raffiné, ce qui rend sa cruauté plus glaçante. Comme dans le « Fils de Saul », Laszlo Nemes privilégie la proximité, le cadre étroit et la suggestion plutôt que la démonstration spectaculaire.
La torture est souvent vécue hors champ ce qui rend le propos plus insupportable que si elle était montrée frontalement. Ainsi, les visages, les corps et les ombres construisent une terreur psychologique continue : la barbarie nazie est vécue comme
une oppression morale au-delà d’un simple spectacle de l’horreur.

Gilles Lellouche incarne cet homme exceptionnel sans jamais vouloir être à sa hauteur, avec beaucoup de sobriété et une grande humilité, il établit la fragilité d’un homme seul face à son destin et fait de Moulin ce héros vulnérable et humain.
Face à lui, le grand acteur allemand Lars Eidinger interprète avec une puissance assez impressionnante le redoutable tortionnaire Kaus Barbie.

« Moulin » est un film puissant, rigoureux et éprouvant, plus que jamais nécessaire non seulement comme œuvre de mémoire mais aussi comme éclairage fondamental sur la dignité humaine.

André CEUTERICK