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« Coward » et « Karma », de belles affiches pour vos salles de cinéma !
Publié le 22 octobre, 2026

« COWARD »

Lukas Dhont, véritable wonderboy du cinéma belge a présenté au dernier Festival de Cannes son 3ème long métrage « Coward », en compétition officielle après « Girl » Caméra d’Or du Meilleur 1er film en 2018 et « Close » Grand Prix du Jury en 2022.  Il fut cette année encore au palmarès par le biais d’un magnifique prix d’interprétation pour ses 2 comédiens néophytes : Emmanuel Macchia et Valentin Campagne.

Il situe l’action de son film pendant la 1ère guerre mondiale sans pour autant qu’il ne s’agisse d’un véritable film de guerre ou d’une nième reconstitution historique.

En 1916, sur le front belge Pierre, jeune conscrit venu du monde paysan, exalté par l’idée du sacrifice, rejoint les tranchées pour y éprouver son courage.  Derrière les lignes, il rencontre Francis, soldat plus flamboyant, chargé de ravitaillement et organisateur de revues destinées à soutenir le moral des combattants. Entre les bombardements, la boue et la peur, les deux hommes nouent une relation amoureuse fragile et aléatoire.

Le réalisateur oppose ainsi deux théâtres : celui de la guerre avec ses rôles virils et son culte de l’obéissance  et celui de la scène où l’uniforme se défait et où les corps peuvent exister autrement.  Lukas Dhont s’intéresse aux visages, aux corps empêchés, aux désirs contraints et aux identités différentes que l’ordre social cherche à faire taire. La caméra souvent proche des acteurs capte la tension intérieure de Pierre et la belle énergie de Francis et crée un espace resserré pour que leur attirance puisse s’exprimer.

Le film repose sur ce contraste entre la brutalité du front et des scènes de guerre et la délicatesse d’un désir qui doit se cacher pour survivre.  Les numéros musicaux sont au cœur de cette dualité non comme des parenthèses pittoresques mais comme des espaces de vérité.  Ainsi les soldats ne jouent pas seulement la comédie, ils expriment d’autres façons d’habiter leur corps. Ces séquences mêlent le grotesque et le sublime et transforment l’apparent divertissement en un poignant témoignage.

Le film interroge aussi sur la notion de courage avec un titre ambivalent « Coward » qui veut dire lâche et qui sera identifié par « Les braves » dans sa sortie française.  Le courage est-il du côté de l’exploit de guerre et de l’assaut sanguinaire ou de cette désobéissance intime qui consiste à reconnaître un désir interdit et d’affirmer avec audace la force d’aimer dans un monde voué à la destruction.

« Coward » est une œuvre touchante, bouleversante, éminemment politique dans son acception humaniste.  Elle rappelle que la 1ère guerre mondiale fut une catastrophe militaire et une ignoble boucherie (ce que le film ne montre pas) mais qu’elle a aussi bafoué les identités et avili les âmes.  En plaçant au cœur de ce conflit, deux soldats qui s’aiment, Lukas Dhont refuse l’idée que le courage se mesure à l’acte héroïque et que aimer quelqu’un en ces circonstances est un véritable geste de liberté.

« KARMA »

20 ans après son premier long métrage « Ne le dis à personne » qui lui valut d’emblée le César du meilleur réalisateur, Guillaume Canet réalise son 9ème long métrage « Karma » un thriller psychologique sombre porté par une Marion Cotillard véritablement habitée par son personnage.

Dans un village du nord de l’Espagne, Jeanne tente de reconstruire une vie paisible auprès de Daniel qui ignore l’essentiel de son passé, elle cache une fragilité et semble  vivre sous la menace invisible d’un secret enfoui dans sa mémoire.  Tout bascule lorsque Matéo, son filleul de 6 ans disparaît après avoir été vu avec elle au bord d’une rivière. Soupçonnée par la police Jeanne fuit vers la France et se réfugie dans la communauté religieuse de St Céré où elle a grandi dirigée par Marc, un omnipotent patriarche à la fois charismatique et terrifiant. Là vivent quelques familles recluses et coupée du monde.  Daniel, son compagnon, part à sa recherche.

A l’enquête policière du début succède une autre forme de thriller proche du huis-clos horrifique où l’atmosphère devient de plus en plus oppressante au fur et à mesure que l’intrigue progresse.

Guillaume Canet construit ainsi un récit à deux mouvements : l’enquête extérieure avec la police et Daniel et le retour intérieur de Jeanne dans la Communauté.

La mise en scène met  en opposition la région espagnole de la Galice ouverte et venteuse et l’abbaye close de St Céré, espace de surveillance, de pénitence et de peur. La vie et la liberté d’une part, l’enfermement mortifère d’autre part.

Le thème de l’horreur sectaire aurait sans doute pu être davantage approfondi : Guillaume Canet ne creuse ni les mécanismes de l’emprise, ni la réflexion autour des violences pédocriminelles qu’il dénonce. Dès lors, cet aspect prépondérant du film manque de force et d’intensité. Même si on tremble et on s’inquiète lors de certaines scènes de violence et de brutalité.

Marion Cotillard incarne une héroïne à la dérive, à la fois coupable possible, victime et survivante, qui passe de l’égarement à la soumission et de la soumission à la révolte. Une interprétation d’une étonnante puissance physique et psychologique. Face à elle le très imposant Denis Menochet ne joue pas seulement un gourou mais incarne une forme de violence patriarcale et religieuse.  Enfin le film aurait gagné en efficacité et en subtilité si Guillaume Canet en avait resserré la longueur et le montage qui s’étirent sur près de 2h30.

                                                                                                         André CEUTERICK

« Coward » et « Karma », de belles affiches pour vos salles de cinéma !
Publié le 22 octobre, 2026

« COWARD »

Lukas Dhont, véritable wonderboy du cinéma belge a présenté au dernier Festival de Cannes son 3ème long métrage « Coward », en compétition officielle après « Girl » Caméra d’Or du Meilleur 1er film en 2018 et « Close » Grand Prix du Jury en 2022.  Il fut cette année encore au palmarès par le biais d’un magnifique prix d’interprétation pour ses 2 comédiens néophytes : Emmanuel Macchia et Valentin Campagne.

Il situe l’action de son film pendant la 1ère guerre mondiale sans pour autant qu’il ne s’agisse d’un véritable film de guerre ou d’une nième reconstitution historique.

En 1916, sur le front belge Pierre, jeune conscrit venu du monde paysan, exalté par l’idée du sacrifice, rejoint les tranchées pour y éprouver son courage.  Derrière les lignes, il rencontre Francis, soldat plus flamboyant, chargé de ravitaillement et organisateur de revues destinées à soutenir le moral des combattants. Entre les bombardements, la boue et la peur, les deux hommes nouent une relation amoureuse fragile et aléatoire.

Le réalisateur oppose ainsi deux théâtres : celui de la guerre avec ses rôles virils et son culte de l’obéissance  et celui de la scène où l’uniforme se défait et où les corps peuvent exister autrement.  Lukas Dhont s’intéresse aux visages, aux corps empêchés, aux désirs contraints et aux identités différentes que l’ordre social cherche à faire taire. La caméra souvent proche des acteurs capte la tension intérieure de Pierre et la belle énergie de Francis et crée un espace resserré pour que leur attirance puisse s’exprimer.

Le film repose sur ce contraste entre la brutalité du front et des scènes de guerre et la délicatesse d’un désir qui doit se cacher pour survivre.  Les numéros musicaux sont au cœur de cette dualité non comme des parenthèses pittoresques mais comme des espaces de vérité.  Ainsi les soldats ne jouent pas seulement la comédie, ils expriment d’autres façons d’habiter leur corps. Ces séquences mêlent le grotesque et le sublime et transforment l’apparent divertissement en un poignant témoignage.

Le film interroge aussi sur la notion de courage avec un titre ambivalent « Coward » qui veut dire lâche et qui sera identifié par « Les braves » dans sa sortie française.  Le courage est-il du côté de l’exploit de guerre et de l’assaut sanguinaire ou de cette désobéissance intime qui consiste à reconnaître un désir interdit et d’affirmer avec audace la force d’aimer dans un monde voué à la destruction.

« Coward » est une œuvre touchante, bouleversante, éminemment politique dans son acception humaniste.  Elle rappelle que la 1ère guerre mondiale fut une catastrophe militaire et une ignoble boucherie (ce que le film ne montre pas) mais qu’elle a aussi bafoué les identités et avili les âmes.  En plaçant au cœur de ce conflit, deux soldats qui s’aiment, Lukas Dhont refuse l’idée que le courage se mesure à l’acte héroïque et que aimer quelqu’un en ces circonstances est un véritable geste de liberté.

« KARMA »

20 ans après son premier long métrage « Ne le dis à personne » qui lui valut d’emblée le César du meilleur réalisateur, Guillaume Canet réalise son 9ème long métrage « Karma » un thriller psychologique sombre porté par une Marion Cotillard véritablement habitée par son personnage.

Dans un village du nord de l’Espagne, Jeanne tente de reconstruire une vie paisible auprès de Daniel qui ignore l’essentiel de son passé, elle cache une fragilité et semble  vivre sous la menace invisible d’un secret enfoui dans sa mémoire.  Tout bascule lorsque Matéo, son filleul de 6 ans disparaît après avoir été vu avec elle au bord d’une rivière. Soupçonnée par la police Jeanne fuit vers la France et se réfugie dans la communauté religieuse de St Céré où elle a grandi dirigée par Marc, un omnipotent patriarche à la fois charismatique et terrifiant. Là vivent quelques familles recluses et coupée du monde.  Daniel, son compagnon, part à sa recherche.

A l’enquête policière du début succède une autre forme de thriller proche du huis-clos horrifique où l’atmosphère devient de plus en plus oppressante au fur et à mesure que l’intrigue progresse.

Guillaume Canet construit ainsi un récit à deux mouvements : l’enquête extérieure avec la police et Daniel et le retour intérieur de Jeanne dans la Communauté.

La mise en scène met  en opposition la région espagnole de la Galice ouverte et venteuse et l’abbaye close de St Céré, espace de surveillance, de pénitence et de peur. La vie et la liberté d’une part, l’enfermement mortifère d’autre part.

Le thème de l’horreur sectaire aurait sans doute pu être davantage approfondi : Guillaume Canet ne creuse ni les mécanismes de l’emprise, ni la réflexion autour des violences pédocriminelles qu’il dénonce. Dès lors, cet aspect prépondérant du film manque de force et d’intensité. Même si on tremble et on s’inquiète lors de certaines scènes de violence et de brutalité.

Marion Cotillard incarne une héroïne à la dérive, à la fois coupable possible, victime et survivante, qui passe de l’égarement à la soumission et de la soumission à la révolte. Une interprétation d’une étonnante puissance physique et psychologique. Face à elle le très imposant Denis Menochet ne joue pas seulement un gourou mais incarne une forme de violence patriarcale et religieuse.  Enfin le film aurait gagné en efficacité et en subtilité si Guillaume Canet en avait resserré la longueur et le montage qui s’étirent sur près de 2h30.

                                                                                                         André CEUTERICK