«Rose»
Ce n’est que le deuxième film pour le cinéma du réalisateur autrichien Markus Schleinzer dont on avait vue « Michaël » en compétition à Cannes en 2011.
« Rose » est un film impressionnant, dur, glaçant, un récit historique, inspiré d’un fait divers réel qui se situe au lendemain de la guerre de Trente Ans, en 1648, dans un village de la campagne allemande.
Rose, le visage abîmé par une mauvaise blessure, décide de tourner la page de sa vie de « soldate ». En se faisant passer pour un homme et en utilisant les documents d’un camarade mort au combat, elle revendique l’héritage d’une ferme à l’abandon sur le territoire d’une communauté protestante. Après 1 an de travail acharné, Rose a fait prospérer la ferme et veut s’étendre en acquérant un lopin de terre et un ruisseau avoisinant. Le propriétaire accepte à condition qu’elle épouse l’une de ses cinq filles, Suzanna.
Pour Rose, c’est une autre épreuve de vérité qui commence, ambiguë et complexe, une imposture dont Suzanna devient complice, mais la vindicte populaire gronde …
C’est l’histoire d’une femme qui veut changer de vie, en revêtant le pantalon d’un homme pour prendre sa place dans une société sectaire, violente et brutale, totalement soumise à la religion.
Il s’agit certes d’une forme de manifeste féministe situé dans des lieux et temps reculés, mais c’est surtout une incroyable aventure humaine.
Le film est conçu, au départ, comme la narration de l’histoire de Rose, avec une voix off distanciée, Rose dont on saisit aussi la vie, de manière très réaliste, avec de temps à autre, le retour à la narration extérieure comme pour objectiver le récit. Comme si le réalisateur avait voulu mêler le conte et la fiction, une fiction baignée dans un noir et blanc âpre et rugueux et une atmosphère picturale hors du temps. Le sujet, l’esthétique, le parti pris narratif forme un tout cinématographique assez hallucinant.
Et que dire de l’interprétation exceptionnelle de Sandra Hüller qui transgresse ici tous les codes de l’art et de l’expression dramatiques. Après ses autres prestations magistrales dans « Anatomie d’une chute », « La zone d’intérêt », « Toni Erdmann » ou encore « Father Land » primé à Cannes en mai dernier et qu’on verra prochainement, Sandra Hüller est assurément la meilleure comédienne européenne actuelle.

«Dégel »
Après « Chili 1976 » dont l’action se situait trois ans après le coup d’état, en pleine dictature militaire, Manuela Martelli transpose le sujet de son nouveau film, « Dégel », en 1992, alors que Pinochet a quitté le pouvoir et que la « transition » est censée avoir été faite « dans le calme » et normalement.
Le fil conducteur du récit, c’est la petite Inès, une gamine de 9 ans qui vit, sous la garde de ses grands parents dans leur hôtel « touristique », près d’une station de ski dans les montagnes chiliennes, alors que ses parents sont à l’exposition universelle de Séville, pour vanter le renouveau du Chili post-dictature. Un peu livrée à elle-même, elle passe son temps avec les employées, explore les chambres des clients et se promène dans les bois enneigés. Une équipe de jeunes skieurs allemands arrive à l’hôtel pour s’entraîner pendant l’hiver. Inès se lie d’amitié avec Hanna, une adolescente de 14 ans, avec qui elle passe du temps entre deux séances d’entraînement. Un soir, Hanna rentre tard d’une soirée et Inès vient dormir avec elle. Pendant la nuit, elle voit l’un de ses cousins, plus âgés qu’elle, venir draguer Hanna et la convaincre de poursuivre la nuit au dehors.
Le lendemain, Hanna a disparu. La police est prévenue. Personne ne sait rien … sauf Inès qui a vu les deux jeunes gens s’embrasser pendant la nuit et partir ensemble mais sa grand-mère lui ordonne de ne rien dire, pour l’avenir de la famille, la tranquillité du village, etc. … Inès se tait, alors qu’elle voit son cousin quitter précipitamment l’hôtel sur ordre de ses grands-parents …
La caméra de Manuela Martelli s’attache aux mouvements d’Inès qui, assiste, un peu à l’écart, à l’agitation ambiante : les recherches de la police, les battues des guides de montagne, l’intervention de militaires, etc. …
Dans son regard fixe, qui impressionne, on pense lire une certaine culpabilité, en tant que témoin involontaire du drame.
Avec cette histoire faussement anecdotique, Manuela Martelli met en exergue la persistance de ces mécanismes fascistes dans la société chilienne post-Pinochet. Elle réactive ainsi, d’une certaine manière, le souvenir de tous ces « disparus de la dictature » et réinstalle, symboliquement, la chape de plomb d’un silence organisé et tout puissant.
Mais on se dit aussi que la petite Inès devra vivre avec son douloureux secret …
André CEUTERICK
«Rose»
Ce n’est que le deuxième film pour le cinéma du réalisateur autrichien Markus Schleinzer dont on avait vue « Michaël » en compétition à Cannes en 2011.
« Rose » est un film impressionnant, dur, glaçant, un récit historique, inspiré d’un fait divers réel qui se situe au lendemain de la guerre de Trente Ans, en 1648, dans un village de la campagne allemande.
Rose, le visage abîmé par une mauvaise blessure, décide de tourner la page de sa vie de « soldate ». En se faisant passer pour un homme et en utilisant les documents d’un camarade mort au combat, elle revendique l’héritage d’une ferme à l’abandon sur le territoire d’une communauté protestante. Après 1 an de travail acharné, Rose a fait prospérer la ferme et veut s’étendre en acquérant un lopin de terre et un ruisseau avoisinant. Le propriétaire accepte à condition qu’elle épouse l’une de ses cinq filles, Suzanna.
Pour Rose, c’est une autre épreuve de vérité qui commence, ambiguë et complexe, une imposture dont Suzanna devient complice, mais la vindicte populaire gronde …
C’est l’histoire d’une femme qui veut changer de vie, en revêtant le pantalon d’un homme pour prendre sa place dans une société sectaire, violente et brutale, totalement soumise à la religion.
Il s’agit certes d’une forme de manifeste féministe situé dans des lieux et temps reculés, mais c’est surtout une incroyable aventure humaine.
Le film est conçu, au départ, comme la narration de l’histoire de Rose, avec une voix off distanciée, Rose dont on saisit aussi la vie, de manière très réaliste, avec de temps à autre, le retour à la narration extérieure comme pour objectiver le récit. Comme si le réalisateur avait voulu mêler le conte et la fiction, une fiction baignée dans un noir et blanc âpre et rugueux et une atmosphère picturale hors du temps. Le sujet, l’esthétique, le parti pris narratif forme un tout cinématographique assez hallucinant.
Et que dire de l’interprétation exceptionnelle de Sandra Hüller qui transgresse ici tous les codes de l’art et de l’expression dramatiques. Après ses autres prestations magistrales dans « Anatomie d’une chute », « La zone d’intérêt », « Toni Erdmann » ou encore « Father Land » primé à Cannes en mai dernier et qu’on verra prochainement, Sandra Hüller est assurément la meilleure comédienne européenne actuelle.

«Dégel »
Après « Chili 1976 » dont l’action se situait trois ans après le coup d’état, en pleine dictature militaire, Manuela Martelli transpose le sujet de son nouveau film, « Dégel », en 1992, alors que Pinochet a quitté le pouvoir et que la « transition » est censée avoir été faite « dans le calme » et normalement.
Le fil conducteur du récit, c’est la petite Inès, une gamine de 9 ans qui vit, sous la garde de ses grands parents dans leur hôtel « touristique », près d’une station de ski dans les montagnes chiliennes, alors que ses parents sont à l’exposition universelle de Séville, pour vanter le renouveau du Chili post-dictature. Un peu livrée à elle-même, elle passe son temps avec les employées, explore les chambres des clients et se promène dans les bois enneigés. Une équipe de jeunes skieurs allemands arrive à l’hôtel pour s’entraîner pendant l’hiver. Inès se lie d’amitié avec Hanna, une adolescente de 14 ans, avec qui elle passe du temps entre deux séances d’entraînement. Un soir, Hanna rentre tard d’une soirée et Inès vient dormir avec elle. Pendant la nuit, elle voit l’un de ses cousins, plus âgés qu’elle, venir draguer Hanna et la convaincre de poursuivre la nuit au dehors.
Le lendemain, Hanna a disparu. La police est prévenue. Personne ne sait rien … sauf Inès qui a vu les deux jeunes gens s’embrasser pendant la nuit et partir ensemble mais sa grand-mère lui ordonne de ne rien dire, pour l’avenir de la famille, la tranquillité du village, etc. … Inès se tait, alors qu’elle voit son cousin quitter précipitamment l’hôtel sur ordre de ses grands-parents …
La caméra de Manuela Martelli s’attache aux mouvements d’Inès qui, assiste, un peu à l’écart, à l’agitation ambiante : les recherches de la police, les battues des guides de montagne, l’intervention de militaires, etc. …
Dans son regard fixe, qui impressionne, on pense lire une certaine culpabilité, en tant que témoin involontaire du drame.
Avec cette histoire faussement anecdotique, Manuela Martelli met en exergue la persistance de ces mécanismes fascistes dans la société chilienne post-Pinochet. Elle réactive ainsi, d’une certaine manière, le souvenir de tous ces « disparus de la dictature » et réinstalle, symboliquement, la chape de plomb d’un silence organisé et tout puissant.
Mais on se dit aussi que la petite Inès devra vivre avec son douloureux secret …
André CEUTERICK